Retour à l’Inquisition et à Makronissos *

(LETTRE DE ALEXANDRE YOTOPOULOS PARUE DANS LE JOURNAL DOCUMENTO LE 16_11_2021) https://www.documentonews.gr/article/me-tertipia-kratane-stin-fylaki-ton-alexandro-giotopoylo/

(Documento,le 16/11/2021

Sofia Anastasiou

 Ils maintiennent Alexandre Yotopoulos en prison en usant d’artifices

Alexandre Yotopoulos est le seul prisonnier en Grèce qui, après 19 ans de détention,n’a pas eu une seule permission de sortie.Maltraitant logique et rationalisme et ”chicanant”avec des arrêts de rejet répétés,les Conseils Juridiques compétents l’ont privé de l’avantage prévu par le législateur pour tout détenu qui remplit les conditions requises.

Et maintenant qu’est arrivée l’heure de sa mise en liberté conditionnelle,et pour rejeter sa demande,un nouveau Conseil Juridique a jugé qu’il n’appartient pas à la catégorie des détenus qui montrent une amélioration suffisante pour ne plus présenter la menace de perpétrer des délits.

Sur quoi les juges basent-ils la décision?  Sur l’absurdité juridique qu’Alexandre Yotopoulos ne déclare pas qu’il se repent ce que – depuis la première minute, depuis son arrestation jusqu’à ce jour- il nie avoir perpétré.

Dans une lettre adressée à Documento, dans laquelle il détruit,mot après mot,le motif de l’arrêt contesté (734/2021) qui a rejeté sa demande de libération conditionnelle,il parle de juges qui”sortent de leur chapeau magique le lapin moyenâgeux, passe-partout pour toute décision qui ignore et viole les dispositions du Code Pénal.”Et cela au moment où le Conseil Pénitentiaire lui-même, en application de la législation en vigueur, dans la décision du 29/9/2019, signée par le Procureur, le Directeur et l’assistante sociale en chef,dit:”le concept de réhabilitation pénitentiaire ne comprend en aucun cas une conversion idéologique”,”pas plus que l’ordre juridique établi n’exige la conversion idéologique du condamné.”

Lisez la lettre d’Alexandre Yotopoulos où il dénonce “la méthode inqualifiable qui ne sied pas aux Magistrats et dégrade la Justice.”)

L’arrêt du 4 octobre rejette ma demande de libération parce que je ne me suis pas repenti.C’est ce que je réfute dans le texte qui suit, en expliquant que ma non-repentance n’est pas la raison mais le prétexte pour ne pas me libérer

     Le Code Pénal prévoit que le condamné est mis en liberté conditionnelle si certaines conditions sont remplies.Parmi ceux qui ont été libérés sous condition , le pourcentage de récidivistes est l’un des plus élevés d’Europe. Si parmi ces conditions il y a le “repentir” comme le soutient l’Arrêt, il y a une contradiction puisque les récidivistes sont aussi des repentis. Alors, de deux choses l’une , soit les juges n’ont pas exigé le repentir, soit il n’était pas sincère. Dans les deux cas, ce concept n’est pas fonctionnel, il est inutile puisqu’il n’empêche pas la récidive. Pire encore, il est en contradiction avec le C.P. ** puisqu’il libère des condamnés qui   ne se sont repentis qu’en paroles et pas sincèrement, ou bien il empêche la libération de ceux qui remplissent les conditions véritables et objectives, en violant les dispositions du C.P., comme dans mon cas les deux principes , celui de l’application rétroactive de la loi la plus favorable et l’interdiction de l’application rétroactive de la plus défavorable.

Ce n’est donc pas un hasard si le rapport justificatif du nouveau C.P. 4619/20/19 mentionne page 11 , paragraphe 22 , ce qui suit : ” L’accomplissement de devoirs moraux non spécifiés a un caractère de droit naturel incompatible avec la positivité du droit pénal.” Et le principal de ces “devoirs moraux” est le repentir.

Ce n’est évidemment pas non plus un hasard si cette notion n’est mentionnée ni dans les articles 105 et 106 sur la libération conditionnelle ni l’ensemble du C.P. Ni même dans les articles 90 ( et suivants ) qui font référence aux récidivistes, aux délinquants ayant une addiction au crime, à la peine de réclusion à durée indéterminée où des  peines plus lourdes sont prévues . Même là, il n’est pas nécessaire .C’est un avis similaire qu’exprime le Conseil de la prison ***dans sa décision du 20/09/2019 signée par le procureur, le directeur et l’assistante sociale en chef. Page 3, à l’avant-dernière ligne, ils écrivent : ” Le concept de réhabilitation pénitentiaire ne comprend en aucun cas une conversion idéologique”, et, à nouveau page 5 : ” pas plus que l’ordre juridique établi n’exige la conversion idéologique du condamné”. Et comme à Makronissos, avec la déclaration de repentir,le condamné renonce à ses opinions politiques, il ne peut y avoir de repentir sans conversion idéologique préalable.Il est tragique qu’un système politique qui se targue d’être une démocratie libérale moderne ait recours à des méthodes du Moyen-Âge et de l’Inquisition, où sans le repentir , les épreuves inhumaines des condamnés ne cessaient pas.Dans mon cas en particulier, la demande de repentir frise la paranoïa provocatrice. Car j’ai été condamné en tant que qu’instigateur moral de 17 homicides, une accusation que j’ai niée du premier jour à ce jour. Ils m’ont donc condamné en tant que chef du 17N, puisque c’est moi qui décidais, même s’ils taisent soigneusement ce terme. Mais les deux principaux accusés qui ont collaboré avec les autorités et dont les témoignages ont été jugés fiables par les juges, ont affirmé qu’il n’y avait pas de direction, décrivant en détail comment les décisions étaient prises collectivement dans les cellules. Allant jusqu’à déclarer qu’ils ont annulé deux décisions de leur propre initiative , parce qu’ils n’étaient pas d’accord. Ce qui, en soi, prouve qu’il n’y avait pas de chef.S’il y avait eu une direction, pendant ces 19 années de nombreux détails sur le fonctionnement de cette direction par rapport aux membres auraient été révélés comme celui que je viens de mentionner sur les deux annulations d’objectifs par un membre, sans que personne ne puisse l’en empêcher. Des détails qui confirmeraient cette existence. Mais rien de pertinent n’a été révélé, confirmant l’opinion selon laquelle il n’y avait pas de chef. Ainsi, en me demandant de me repentir, ils me demandent en fait de déclarer que j’étais le chef, c’est à dire de raconter un mensonge flagrant , afin de me faire libérer.Et le pire est encore à venir. Comme ils ne pouvaient pas justifier logiquement le rejet de ma demande de libération, ils ont eu recours à la falsification d’une de mes interviews, taisant complètement ma réponse explicite à la question discutée afin de tirer la conclusion opposée à celle que j’avançais. Plus précisément,  dans l’interview que j’ai accordée à Lamiakos Tyros **** en octobre 2002, la troisième question et la réponse qu’ils ont dissimulées sont les suivantes : ” Question : Pour notre part, nous condamnons les actions du 17 N. Quelle est votre position sur ces actions puisque vous affirmez que vous n’êtes pas le dirigeant de l’organisation ? Réponse : Dans un récent sondage, 23,7 % des personnes interrogées ont répondu qu’elles étaient d’accord avec les opinions du 17 N telles qu’elles sont exprimées dans ses proclamations mais qu’elles n’étaient pas d’accord avec ses actions. D’une manière générale, c’est également ma position. Je pense que dans deux cas seulement , de telles attaques pourraient être menées comme défense contre des attaques similaires contre des combattants du mouvement populaire, ou dans une période pré-révolutionnaire de grande agitation sociale, avec une condition préalable indispensable, l’existence d’un mouvement populaire fort.De telles conditions n’existent pas aujourd’hui.Je ne suis pas d’accord mais je ne condamne pas non plus.”J’ai exprimé ce point de vue à plusieurs reprises , tant devant les tribunaux que dans les médias.Et cela est confirmé par le fait qu’au cours de mes 19 années de détention durant lesquelles de nombreux actes de violence ont eu lieu, je n’ai jamais déclaré, ni verbalement, ni par écrit, que j’approuvais ces actes, contrairement à d’autres qui l’ont fait et de bien des manières. Cette position réfute le Jugement  selon lequel, si je suis libéré, je commettrais des actes de violence. La demande de repentir n’est rien de plus qu’une excuse facile pour empêcher ma libération . Dans toutes mes déclarations depuis mon arrestation jusqu’à ce jour, il n’y a la moindre place pour le repentir. En l’exigeant, ils savent qu’ils demandent l’impossible.

Une déformation similaire est faite au sujet de mes études. Ils les présentent comme quelque chose de technique, écrivant que …… il a simplement augmenté ses connaissances mathématiques…………. et que ”  c’est  ainsi qu’il garde son esprit et sa mémoire en éveil ” !Les isolant ainsi de leur aspect essentiel , qui est la réhabilitation et la réinsertion sociales.A ce sujet, le Médiateur, dans une réponse qui m’a été communiquée le 1 / 3 / 2010, déclare au paragraphe 2 : ” …..le Médiateur a particulièrement insisté sur le fait que l’éducation des détenus, notamment la fréquentation d’établissements d’enseignement supérieur sert les objectifs  de la réinsertion sociale. Elle est donc favorisée par la législation en vigueur , et toute interprétation et application par l’administration pénitentiaire doivent se faire dans le même esprit.”

En fait, conformément à l’acquis européen, cette fréquentation est considérée comme la  méthode la plus sûre de réintégration sociale. Même la directrice de Korydallos a déclaré dans une interview récente  : ” l’Université est égale à le réhabilitation pénitentiaire.” Ils violent donc également la position officielle du pouvoir judiciaire sur l’éducation des prisonniers.

        J’ai suivi tout le cursus de l’Université publique française Paris-Diderot VII , j’ai obtenu les 5 diplômes , égaux à ceux obtenus par les étudiants réguliers, je les ai déposés au Secrétariat de la prison : DEUG, Licence, Maîtrise et Master. Récemment, le 8 juillet 2021, j’ai obtenu un Doctorat en Mathématiques dans cette même université française, doctorat délivré par un jury de six professeurs français – dont au moins la moitié sont des noms connus . J’ai présenté une thèse de recherche, publiée dans une revue scientifique française spécialisée, thèse que j’ai réalisée en prison, sans accès à un  ordinateur. Cela signifie que j’ai servi les objectifs de la réinsertion sociale dans toute la mesure du possible. Que depuis longtemps, je suis prêt à m’intégrer dans la société. Ce cursus complet et ces 5 diplômes à eux seuls pulvérisent tous les doutes prétendus à l’égard de ma réhabilitation.

Au cours des cinq dernières années, j’ai fait au moins quatre demandes de libération en vertu d’une autre disposition du C. P. Elles ont toutes été rejetées. Dans tous les rejets, était explicitement indiquée la peine que je devais avoir purgée pour être libéré : vous devez purger une peine réelle de dix-neuf ans – que je n’avais pas purgée – et six années restantes jusqu’à vingt-cinq ans , calculés avec les mesures d’indulgence.

Maintenant que ces conditions sont remplies , ( j’ai en fait purgé dix-neuf ans fermes et 15 ans de plus avec les mesures d’indulgence ) au lieu de me libérer , comme tout système judiciaire sérieux le ferait, ils changent les conditions en ajoutant une nouvelle peine à la dernière minute. Ils sortent de leur chapeau magique le lapin médiéval du “repentir”, passe-partout pour toute décision qui ignore et viole les dispositions du C.P.

Méthode inqualifiable qui ne sied pas aux Magistrats et dégrade la Justice

                                                                                                                                                  Octobre 2021

                                                                                                                                                 Prison de Korydallos

                                                                                                                                                 Alekos Yotopoulos

*    île grecque appelée le “Dachau grec”

**  Code Pénal

*** Composé de trois membres : procureur attaché à la prison, directeur / trice et chef de service des assistantes social

es**** un journal de Lamia ( ville du Nord d’Athènes )

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