ILS ONT ÉCRASÉ IONESCO

(Lettre d’Alékos Yotópoulos, de la prison de Korydallos à propos du rejet de ses demandes de permission)

(Lettre publiée dans l’hebdomadaire To Pontiki le 18 / 10 / 2019)

http://www.topontiki.gr/article/346801/synetripsan-ton-ionesko-epistoli-toy-alekoy-giotopoyloy-apo-tis-fylakes-korydalloy

Le 3 novembre 2 018, j’ai déposé ma huitième demande de permission. Après multiples incidents et  retards, elle a été rejetée à l’unanimité le 20 septembre par le Conseil constitué du Procureur N. Pimenidi,
du directeur I. Kaezlari et de l’assistante sociale S.Assimakopoulou.

Alors que, en ce qui me concerne, les conditions prévues dans l’article 55 du Code Pénitentiaire sont toutes remplies, le Procureur a imaginé une chicane originale. Il admet certes que ma conduite est irréprochable mais qu’elle est le produit d’une dissimulation visant à obtenir une permission de sortie ! Oui, lecteur, tu as bien lu. Depuis 17 ans, je feins la bonne conduite sans que personne ne s’en soit aperçu, sauf le Procureur. .. J’ai obtenu quatre diplômes en Mathématiques, un Master, j’ai fini ma thèse de ma propre initiative, sans aucune aide, dans des conditions antiscientifiques déplorables, avec l’administration de la prison qui a tout fait pour me faire interrompre mes études en me privant de l’utilisation d’un ordinateur.

Aujourd’hui, j’ai le droit d’enseigner dans toute université française en contribuant à la recherche par mon Doctorat, selon l’avis de mes professeurs. Mais tout cela n’est pas la preuve de mon intégration, alors que, par mon travail universitaire, j’ai vraiment accepté les principes de la société.  Pour le Procureur, cela signifie que je participe au crime et que je simule . Que dire ? Les bras m’en tombent. Ces gens-là ont écrasé Ionesco.

En écrivant tout cela, le Procureur attaché à la prison révèle qu’il n’a aucune idée de ce qui se passe à l’intérieur. Car un des rares points positifs de la prison est que le détenu ne peut ni feindre ni faire du cinéma. Et cela , à cause des dures conditions d’incarcération et de vie commune. La prison fonctionne comme une lentille grossissante , révélant la nature de chaque prisonnier. Il y a des prisonniers qui ont de l’influence et qui sont respectés même par les plus durs et les plus violents, d’autres qui sont l’objet d’ironie de la part des détenus et même de violence. Les gardiens de chaque section, en rapport quotidien avec les détenus , connaissent à fond chacun d’eux et transmettent ainsi les informations à leurs supérieurs. Curieusement, le Procureur en ignore l’essentiel.

Est-ce vrai ou pas que quand j’ai déposé une demande de  permission, des cadres supérieurs de la prison disaient que j’y avais droit et que ce n’était pas juste de me la refuser ?
Est-ce vrai ou pas qu’en janvier le Procureur semblait  y être favorable en envoyant d’urgence l’assistante sociale chez ma compagne, en vue de dresser  son rapport conformément à la procédure ?
Est-ce vrai ou pas  que le Procureur disait: ” Quel rapport a Yotopoulos avec tous les autres ?

Comment a-t-il été mêlé à tout ça et est-il interné ?”

Qu’est-il survenu et qui est intervenu pour qu’un jour, il fasse cette volte-face, comprise par tous et digne d’un grand acrobate ?

Est-ce vrai ou pas  que le Conseil m’a convoqué le 30 mai pour m’annoncer qu’ils étaient en attente de la décision favorable de La Cour Suprême sur les demandes de permissions ?
Est-ce vrai ou pas que pendant ces deux séances du Conseil, les deux autres membres n’ont pas ouvert la bouche, jouant les potiches ?

Si nous avions un Etat de Droit, la prépondérance du Procureur au Conseil aurait un sens, puisqu’il serait impartial. mais quand nous avons un Etat chicanier, comme à présent, cela revient à la dissolution du Conseil. Nous avons un théâtre de l’absurde avec l’incessant monologue du Procureur en quête de l’amélioration de la chicane et les deux autres membres qui n’osent proférer un seul mot, à cause du veto. En 2013, lors de mes troisième et quatrième demandes, l’assistante sociale avait osé parler et il y avait eu une voix en ma faveur et si mon transfert à Domokos * n’était pas intervenu, j’en aurais eu une seconde. Aujourd’hui, six ans après et avec une conduite irréprochable, au lieu d’en avoir davantage, je n’ai aucune voix. Cela veut dire que du côté du fonctionnement des institutions carcérales la situation d’aujourd’hui est pire que celle de la période Samaras.

Mercredi 2 octobre 2019

Prison de Korydallos

Alekos Yotopoulos.



* Prison de haute sécurité instaurée les derniers mois du gouvernement Samaras / Venizelos.

 

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